Basile Prokopiw, vient de célébrer ses cent ans en famille avec ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petites-filles ainsi qu’avec ses amis proches français et ukrainiens, avant de les fêter le 4 février au sein de la Résidence Fleurie à Isle où il vit actuellement. Pour l’occasion, Monsieur le Maire Gilles BEGOUT, était présent aux côtés des résidents pour une belle fête au cours de laquelle il a remis la médaille d’argent de la ville à Basile.
Basile voit le jour le 30 janvier 1925, à Oriv, en Galicie, à l’ouest de l’Ukraine. Il grandit avec ses parents agriculteurs, ses trois frères et ses deux sœurs, dans l’indifférence complète des préoccupations politiques qui agitent le monde.
Pourtant, en septembre 1939, les pays d’Europe sont précipités dans un conflit qui va devenir mondial et dont Basile n’imagine pas les conséquences sur sa destinée. En effet, en 1943, à 18 ans, sa vie bascule, il est arraché aux siens par les autorités d’occupation et déporté pour aller travailler dans le sud de l’Autriche. Jusqu’en mai 1945, il y effectue un service obligatoire de travailleur agricole dans une ferme et y reste ensuite de son plein gré sachant que son pays n’est pas libre.
En 1948, avec des compatriotes, il décide de partir en France en quête d’une situation plus intéressante. Le hasard arrête le voyage en Limousin et Basile se fixe à Feytiat, au Mas Cerise, où on lui propose un emploi de jardinier.
Le démarrage n’est pas évident car Basile n’a pas un sou en poche et ne connaît pas le français. Mais, sa jolie voisine, Marcelle, lui vient en aide et s’improvise d’abord professeur de langue avant de devenir son épouse le 10 décembre 1949. Avec Marcelle et leurs 3 enfants, il fonde une famille et travaille durement la terre. A cette époque il ne sait toujours pas ce qu’est devenue sa famille d’Ukraine.
En 1958 Basile est naturalisé français mais pense toujours à son pays natal. Au début des années 60, il reçoit une lettre de sa sœur cadette revenue en Ukraine. C’est un choc quand il apprend que ses parents et son jeune frère sont décédés de maladie en 1945 et que le reste de la famille a été déportée en Sibérie. Puis la correspondance cesse.
En 1961 il vient habiter avec les siens à Isle, plus précisément Mérignac et intègre l’usine de textile du Caillaud. Ouvrier sérieux et impliqué dans sa tâche, il progresse rapidement et devient chef d’équipe. Ce qui ne l’empêche pas de cultiver son potager qui fait toute sa fierté et, travailleur infatigable, de collaborer « à temps perdu » avec des maçons. Les années 60, 70 et 80 passent, les enfants de Basile sont mariés et le comblent avec l’arrivée de 3 petits-fils.
En 1991, 2 ans après l’effondrement du bloc de l’est, l’Ukraine proclame son indépendance. Pour Basile, l’espoir renaît de reprendre contact avec ses frères et sœurs et, en 1992, tel un saumon remontant le cours de la rivière, il entreprend seul le parcours à l’envers vers son pays natal. Il y retrouve sa sœur cadette et deux de ses frères qui ont fait le déplacement depuis le Kazakhstan. Difficile de décrire par des mots ce qu’a dû être l’émotion de leurs retrouvailles, à quatre, près de 50 ans après l’éclatement de la famille. Il fera 3 autres voyages en Ukraine. Aujourd’hui, Basile reste le seul survivant de sa fratrie et de ses amis ukrainiens.
Au cours de sa retraite, sa principale occupation reste l’entretien de sa maison et de son potager. Cependant, toutes les occasions sont bonnes pour prendre le volant de la Clio et passer de bons moments en famille, avec des amis ou des compatriotes pour un repas, une partie de cartes, une baignade ou une valse endiablée. Il apprécie également de partir chaque année, en famille, pour une destination surprise quelque part en France ou à l’étranger où il se rappelle avoir reçu la bénédiction du pape Jean-Paul II Place St Pierre.
En 2022, après le décès de son épouse, son souhait est d’intégrer la Résidence Fleurie. Depuis, il s’y épanouit en partageant les activités et les échanges avec les résidents, en particulier Simone, son ancienne voisine de Mérignac, centenaire, elle aussi. Ensemble, ils évoquent leurs souvenirs de travail et familiaux.
Chaque jour, Basile bénéficie de l’attention bienveillante de l’ensemble du personnel de l’établissement et du personnel soignant. Mais il affectionne aussi les repas en famille avec ses enfants, ses petits enfants et ses 5 arrière-petites-filles où il peut déguster son apéritif favori « un petit whisky ».
Son parcours de vie aura été un combat pour s’adapter, s’intégrer, bâtir une famille, sans jamais oublier ses racines ukrainiennes. Ses qualités, toutes sont connues et reconnues : travailleur, honnête, généreux, dévoué, de contact agréable et… un brin séducteur.
JOYEUX ANNIVERSAIRE BASILE !














